Au
début, Nux Vomica était un groupe de peintres, qui s'étaient réunis
parce qu'il n'y avait pas d'espace d'expression à Nice, c'est à dire
qu'il n'y avait pas de représentation d'une certaine réalité, dans les
galeries ou des les milieux officiels. Notre spécialité, c'étaient les
affichages sauvages. Tout le monde s'en foutait un peu, donc, on a essayé
un peu plus de construire. La contruction, elle s'est faite en occupant
un endroit. C'était un hangar, dans un endroit populaire (Saint Roch).
Un endroit qui permettait de regrouper un peu tout le monde.
Les gens étaient dans leur coin, ils critiquaient, mais
rien ne se passait. Donc, au lieu de critiquer, il fallait faire l'inverse,
construire. Construire avec les moyens qu'on avait. Ca s'est donc passé
à Saint Roch, un quartier qui, culturellement, est resté assez niçois.
Il fallait y amener une activité, au même titre que toutes les activités
du quartier, une activité quotidienne, qui était la peinture. Aussi,
pour essayer de sortir de ce carcan, de ce milieu de la peinture hyper
fermé, et de l'ouvrir sur les sur les gens, en mélangeant les gens.
Aussi bien les critiques d'art que les gens de la Villa (Villa Arson),
ou la femme qui en faisant ses courses, venait voir, entrait. Au début,
il y avait Momo (Maurice Maubert), Jean-Luc Migliore et Louis Pastorelli.
Après il y a eu un tas de peintres qui ont fait d'autres truc par la
suite.
Une fois qu'on a bien avancé cette activité, on a commencé
à faire "Portes ouvertes". Au lieu d'organiser un vernissage, un truc
assez coincé, on avait envie de faire un moment de fête. On a pensé
prendre une fête traditionnelle, et la célébrer à notre manière. En
prenant le Carnaval, ou la fête des Mais, on a été confronté à la musique.
Quelle musique faire à Saint Roch, en 1990, qui correspondait à ce qu'on
aspirait, c'est à dire parler aux gens, raconter ce qu'on vivait, utiliser
la Langue (niçoise). Parce que dans la peinture, on peut utiliser tout
un tas de signes. Ici, il y a une esthétique, ici, il y a de la couleur.
Mais pour la langue, le meilleur, c'est de la parler ou de la chanter.
Avec la musique, avec les textes, on pouvait traduire tout ça. C'était
un autre moyen, quelque chose de supplémentaire. On cherchait donc une
musique, et on a trouvé.C'est une base rythmique, le témoignage sonore
d'un moment. C'est redonner la priorité à la parole, au son, et à l'ambiance,
plus qu'à quelque chose de seulement musical. C'est un esprit.
Tout en continuant la peinture, on a commencé à faire
des concerts, et puis il y a eu les repas de rue, tout ça. Le but n'est
pas de recréer un centre à Saint Roch, le but, c'est de dire aux gens
de se prendre en main. Essayer de se rencontrer. Aujourd'hui, on a tendance
à rester un peu cloisonné chez soi. C'est pour que les gens se parlent,
pour que différents milieux se croisent, les jeunes, les vieux, ceux
qui aiment le rock, ceux qui n'aiment pas le rock, ceux qui aiment ci,
ceux qui aiment ça. Tout un tas de gens différents ont été appelés à
faire le carnaval, plein de gens se sont reconnus, associés, et maintenant,
le carnaval, c'est le Carnaval de Saint Roch. Pour redonner aux gens
l'envie de faire par eux mêmes. Pas qu'ils soient pris en charge par
une structure, la Mairie ou autre, mais qu'ils proposent eux.
Louis Pastorelli.
Propos recueillis par Michel Bianco, pour Scènes
d'Azur