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Une école de musique in-situ et in-actu à Arnaud-Bernard

Derniers élèves/acteurs : les Bombes de Bal

Interview de Claude Sicre

Alors ces Bombes ? J'en ai rencontré une ou deux à Toulouse, visiblement elles ont un répertoire similaire aux footeuses, c'est du Forròc ?

Oui, il y a toute une partie de répertoire qui est dans le même genre, forròc ou forrodòc. On dit maintenant bal omnibus, pour tous ça veut dire, et forrò vient de for all : c'étaient les Anglais au Brésil qui construisaient la voie ferrée ; ils organisaient des bals pour tous, dits " for all ", c'est devenu forrò en portugais, et en latin omnibus, qui veut dire " par tous ", pas Partouze… Similaire ça l'est par choix, mon choix de lancer le forrò. Y a aussi une partie de répertoire commun, aux Footeuses, aux Fabulous, aux Bombes, chansons de circonstances ou de grande participation collective : ça c'est la construction d'un folklore, donc commun. Et puis il y a une partie plus spécifique qui vient, à base de " trallas " (sorte de rondeau languedocien) et d'autres…

C'est toi qui fais le répertoire ?

 

Oui, mais il y a un amont et Marcel en aval… Les Bombes, ce sont des filles, et un garçon, que j'ai fait rencontrer les uns aux autres, qui voulaient chanter pour le foròm, participer. Je les ai présentés les uns aux autres et je leur ai proposé de monter un groupe… Sur la lancée de ce que j'avais fait avec les Footeuses, elles chantaient, après je leur ai proposé des musiciens, elles ont cherché et trouvé elles aussi. L'aval c'est que lancé sur un répertoire que j'ai fait musiques et paroles ou choisi (là j'ai fait que les paroles), elles se mettent maintenant à écrire elles-mêmes. Je les aide un peu au début, et à trouver des musiques. Pareil pour les Footeuses, Anne a écrit avec moi une chanson sur le Lauragais, Agnès a fait une recomposition d'une musique, je travaille avec Zé sur une autre musique, tout le monde se met au travail. C'est une véritable école de musique qu'on gère avec Anne. Mais école où l'on apprend qu'avec des objectifs pratiques, faire une animation ici, un bal là. Je leur fais des espèces de cours de structuration musicale, de composition, d'arrangements, mais dans le jeu de l'action, directement utilisables. Sur des exemples qui vont aller tout de suite à l'épreuve du feu. C'est une autre façon d'enseigner. Où tout le monde participe.

Pourquoi te lancer là-dedans ?

Je l'ai un peu toujours fait, de façon moins entière et systématique, mais quand même, avec les Femmouzes par exemples, et d'autres… Ca vient de plusieurs facteurs : d'abord nous avons un bureau et une équipe qui marche bien, des locaux, les gens peuvent répéter etc. Et puis on nous demande, je veux dire des organisateurs nous demande plein de trucs que les Fabulous ne peuvent pas faire. Il y en a trop, animations, soutien à ceci ou à cela, petits concerts, on a toujours essayé d'envoyer d'autres gens, les Femmouzes, avant qu'elles soient connues et pour les faire connaître, et d'autres Gacha Empega etc. Quand les demandes étaient plus précises, plus ciblées occitan. Il y a ça aussi, monter des groupes pour la demande des organisateurs occitanistes. Toujours Fabulous ou Massilia. Ils veulent autre chose et on leur donne des noms, mais ils veulent le genre Fabulous ou Massilia. Voilà le forròc, ça fait un peu ça, ça a plu, les Footeuses ont remplacé Fabulous deux fois pour des gros concerts, ça a marché, et les Bombes l'ont fait il y a deux mois, au Rex, devant 600 personnes, ça a marché. Bon il y avait les Footeuses et les Fabulous derrière, ça les a rassurés à elles et ça rassure le public. Mais elles ont fait un tabac, devant la scène, avec leurs chansons, leurs façon de les interpréter, de bouger…

Tu me parlais d'une équipe ?

Oui, il y a Escambiar, avec Anne qui dirige et gère un tasde choses, Christelle qui la seconde et s'occupe d'un toute seule d'autres trucs, y a le Carrefour Culturel à côté, avec Dider, Willy, Annick, Maria, il y a le théâtre le fil à plomb à 20 mètres, la fédération des Calandretas qui vient de s'installer dans nos anciens locaux à 10 mètres, il y a la Casa del Barri en face et le Centre de Quartier. Ca, c'est plus l'équipe, c'est les voisins, mais tout ce voisinage ça fait de l'entraide, du boulegadis. L'équipe il y a les footeuses, et puis les Bombes, qui viennent, discutent, vont faire des photocops, vont distribuer des tracts, etc. Mais aussi ce qu'il y a, c'est les habitudes qu'on enracine dans le quartier, jouer pour l'apéro, les anniversaires (10 fois plus de fêtes qu'avant depuis qu'il y a une chanson qu'on improvise), Dito et Zé et Rita qui jouent régulièrement au café de la Plage, tout un environnement qui donne plein d'occasions de jouer, de répéter en jouant avec le public. Tous les jours, et même plusieurs fois par jour, spontanément. C'est ça le secret, enraciner des occasions, des habitudes de jouer quotidiennement pour un public changeant, avoir un répertoire qui associe le public. C'est ce dont je rêvais quand je lisais sur le blues ou la musique brésiliennes. Ca existe maintenant. Ca discute, ça échange. Dito, je lui ai trouvé des cours de percu payés, il n'y va pas, mais dans la rue ou au café il prend le temps de montrer un truc aux uns ou aux autres, et Zé, Rita, moi pareil et tous les musiciens, Rita joue avec les Femmouzes, avec les footeuses et là où elle s'éclate le plus c'est dans la rue, elle est toujours là dans le quartier à jouer avec l'un ou l'autre, vraiment l'esprit, mais il faut formaliser des trucs, pour que ça prenne, que ça reste, un répertoire qui peut convenir à tous, le forròc, mais aussi des trallas, des farandoles, des polkas, des valses, des emboladas à la Fabulous, tout un folklore quoi…

Alors c'est qui les Bombes ?

Les premières c'étaient deux copines, Aurélie et Lize, 22 ans à peu près, qui chantent. Aurélie fait un peu de violon, Lize des percus, après il y a ma nièce Camille, 18 ans, qui chante et jongle, et puis Magali au violon, la toute dernière Martine à l'accordéon, et puis Darcy, le fils d'Eraldo Gomez célèbre percu brésilien de Toulouse, à la guitare et aux percussions il y a 17 ans et elles ont fait déjà plein de trucs -elles n'existent que depuis octobre- même des animations scolaires à l'école de Larrazet chez Jean-Louis Coureau. Il paraît que ça a très bien marché. Et elles vont faire un truc chez toi à Planète Montauban en mai.

Des projets ?

Il y a le morceau des Footeuses, Chat Perché, sur une compil de France Télévision qui sort en avril. Elles seront à coté de Moos, Zebda, Fabulous, K.D.D. etc. Et projet d'album. Mais ce n'est pas notre souci. Faudra faire un Cd autoproduit pour les Bombes, on verra…

Elles ont des chansons en occitan ?

Oui, 3 ou 4, plus bientôt.

Un groupe né dans ces conditions, n'est-ce pas fragile ?

Peut-être, je ne sais pas mais il y a deux choses. D'abord, s'il n'y a pas de volontarisme, de notre part, il n'y aurait rien. Pour moi ce volontarisme, c'est du militantisme, pour la musique, l'occitanisme, le folklore. Il y a toujours les mêmes ânes qui diront que c'est des créatures à Sicre, mais c'est du travail utile ; eux ne proposent rien, et puis je vais te dire que moi je m'en fous des groupes. Ce n'est pas les groupes qui m'intéressent, c'est le folklore, un répertoire d'un certain genre que des gens peuvent jouer ensemble. Les groupes ça va te ça vient, le genre lui il faut l'implanter pour qu'il reste, pour tous. Si les Footeuses se séparent et les Bombes aussi et se rencontrent avec des d'autres pour former 3 ou 4 groupes de plus, tant mieux, je me fous des groupes, c'est juste une étape…

Il y a quand même un problème, là, c'est le manque de leader interne au groupe…

Bien vu, très bien vu, c'est un problème, mais bon… Comme je te dis les groupes, le choc des personnalités, la psychologie, ça ne m'intéresse pas, c'est le folklore, au-delà de ça. Les groupes c'est le truc show-biz, disques, interviews, avec le côté message personnel. Je me fous des messages personnels, c'est le genre qui est le message, la musique, le style, et les paroles ça dit le style, ça doit tendre à l'impersonnel, comme je fais ou plutôt comme j'essaie de faire. Moi je me fous des paroles pour faire passer un style de musique, je n'ai rien à dire, moi, les Bombes, les Footeuses c'est un peu l'équipe 1 et Réserve, elles peuvent toutes interchanger ou presque, les paroles sont valables pour les deux. On s'en fout des trucs psychologiques, le folklore ça n'a rien à voir avec ça. Là, je viens de faire une chanson en occitan, c'est une liste de noms des groupes qui ont chanté ou chantent en occitan, juste une liste, énumérée. Voilà, il n'y a pas de psychologie là-dedans, et tout le monde peut écrire. Ca, c'est ce que je veux montrer… Il y a des gens qui croient que la musique populaire c'est de l'art, et la chanson de la poésie. Ca n'a rien à voir, j'aime la poésie, la vrai, ce n'est pas Ferré ou Ferrat ou McSolaar. J'aime la chanson folklorique. Entre les deux, je n'aime pas, la chanson française qui se prend pour de la poésie. Ca ne va pas sauf exception.

Vous travaillez avec d'autres groupes qui font du folklore à Toulouse comme Brancaleone par exemple ?

Parfois, eux c'est très bon ce qu'ils font, ça dégage vraiment, et maintenant avec les chanteuses, c'est fabuleux… Le truc c'est que c'est du folklore italien, elles chantent en italien, donc il y a moins d'occasion de rencontrer les gens sur des thèmes, de l'impro chantée, des refrains à reprendre, c'est là qu'on voit où est l'importance des paroles, elle n'est que là… Mais leur groupe, c'est vraiment excellent, un régal…

T'es content donc ?

Ouais, et puis on verra, on travaille, on y croit, on verra bien, on s'en fout des réussites, si ça ne marche pas on réajustera le tir mais il y a là un village au cœur de la ville, traversée par la ville, sans aucun des inconvénients d'un village donc, mais sans ses avantages non plus, où quelque chose d'unique se construit. Les gens lisent Castan, se mettent à l'occitan en chantant, bossent des instruments, donnent leur avis sur la politique de la ville, apprennent à organiser des fêtes, se font un peu de fric avec la musique, discutent et se disputent, prennent du recul sur les modes musicales et par suite sur les modes en général. Ca c'est l'important : on n'est pas plus intelligents qu'ailleurs, ni moins cons, mais on n'est pas isolés, dans nos conneries, on les partage à fond…

Et le oaï là-dedans ?

Bombes de Oaï, Fouteuses de Mouz T., ça c'est Speedos qui l'a sorti, Femouzes de Bal, on n'y comprend plus rien… C'est vraiment le ouaï…

Article paru dans le n°42 de la Linha Imaginot

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BIBLIOGRAPHIE
Carnaval à Toulouse
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Actes del 1er foròm dels mestièrs e de l'economia de la cultura occitana