Oui, il y a toute une partie de répertoire qui est dans le même genre,
forròc ou forrodòc. On dit maintenant bal omnibus, pour tous ça veut
dire, et forrò vient de for all : c'étaient les Anglais au Brésil qui
construisaient la voie ferrée ; ils organisaient des bals pour tous,
dits " for all ", c'est devenu forrò en portugais, et en latin omnibus,
qui veut dire " par tous ", pas Partouze… Similaire ça l'est par choix,
mon choix de lancer le forrò. Y a aussi une partie de répertoire commun,
aux Footeuses, aux Fabulous, aux Bombes, chansons de circonstances ou
de grande participation collective : ça c'est la construction d'un folklore,
donc commun. Et puis il y a une partie plus spécifique qui vient, à
base de " trallas " (sorte de rondeau languedocien) et d'autres…
C'est
toi qui fais le répertoire ?
Oui, mais il y a un amont et Marcel en aval… Les Bombes, ce sont des
filles, et un garçon, que j'ai fait rencontrer les uns aux autres, qui
voulaient chanter pour le foròm, participer. Je les ai présentés les
uns aux autres et je leur ai proposé de monter un groupe… Sur la lancée
de ce que j'avais fait avec les Footeuses, elles chantaient, après je
leur ai proposé des musiciens, elles ont cherché et trouvé elles aussi.
L'aval c'est que lancé sur un répertoire que j'ai fait musiques et paroles
ou choisi (là j'ai fait que les paroles), elles se mettent maintenant
à écrire elles-mêmes. Je les aide un peu au début, et à trouver des
musiques. Pareil pour les Footeuses, Anne a écrit avec moi une chanson
sur le Lauragais, Agnès a fait une recomposition d'une musique, je travaille
avec Zé sur une autre musique, tout le monde se met au travail. C'est
une véritable école de musique qu'on gère avec Anne. Mais école où l'on
apprend qu'avec des objectifs pratiques, faire une animation ici, un
bal là. Je leur fais des espèces de cours de structuration musicale,
de composition, d'arrangements, mais dans le jeu de l'action, directement
utilisables. Sur des exemples qui vont aller tout de suite à l'épreuve
du feu. C'est une autre façon d'enseigner. Où tout le monde participe.
Pourquoi te lancer là-dedans ?
Je l'ai un peu toujours fait, de façon moins entière et systématique,
mais quand même, avec les Femmouzes par exemples, et d'autres… Ca vient
de plusieurs facteurs : d'abord nous avons un bureau et une équipe qui
marche bien, des locaux, les gens peuvent répéter etc. Et puis on nous
demande, je veux dire des organisateurs nous demande plein de trucs
que les Fabulous ne peuvent pas faire. Il y en a trop, animations, soutien
à ceci ou à cela, petits concerts, on a toujours essayé d'envoyer d'autres
gens, les Femmouzes, avant qu'elles soient connues et pour les faire
connaître, et d'autres Gacha Empega etc. Quand les demandes étaient
plus précises, plus ciblées occitan. Il y a ça aussi, monter des groupes
pour la demande des organisateurs occitanistes. Toujours Fabulous ou
Massilia. Ils veulent autre chose et on leur donne des noms, mais ils
veulent le genre Fabulous ou Massilia. Voilà le forròc, ça fait un peu
ça, ça a plu, les Footeuses ont remplacé Fabulous deux fois pour des
gros concerts, ça a marché, et les Bombes l'ont fait il y a deux mois,
au Rex, devant 600 personnes, ça a marché. Bon il y avait les Footeuses
et les Fabulous derrière, ça les a rassurés à elles et ça rassure le
public. Mais elles ont fait un tabac, devant la scène, avec leurs chansons,
leurs façon de les interpréter, de bouger…
Tu me parlais d'une équipe ?
Oui, il y a Escambiar, avec Anne qui dirige et gère un tasde choses,
Christelle qui la seconde et s'occupe d'un toute seule d'autres trucs,
y a le Carrefour Culturel à côté, avec Dider, Willy, Annick, Maria,
il y a le théâtre le fil à plomb à 20 mètres, la fédération des Calandretas
qui vient de s'installer dans nos anciens locaux à 10 mètres, il y a
la Casa del Barri en face et le Centre de Quartier. Ca, c'est plus l'équipe,
c'est les voisins, mais tout ce voisinage ça fait de l'entraide, du
boulegadis. L'équipe il y a les footeuses, et puis les Bombes, qui viennent,
discutent, vont faire des photocops, vont distribuer des tracts, etc.
Mais aussi ce qu'il y a, c'est les habitudes qu'on enracine dans le
quartier, jouer pour l'apéro, les anniversaires (10 fois plus de fêtes
qu'avant depuis qu'il y a une chanson qu'on improvise), Dito et Zé et
Rita qui jouent régulièrement au café de la Plage, tout un environnement
qui donne plein d'occasions de jouer, de répéter en jouant avec le public.
Tous les jours, et même plusieurs fois par jour, spontanément. C'est
ça le secret, enraciner des occasions, des habitudes de jouer quotidiennement
pour un public changeant, avoir un répertoire qui associe le public.
C'est ce dont je rêvais quand je lisais sur le blues ou la musique brésiliennes.
Ca existe maintenant. Ca discute, ça échange. Dito, je lui ai trouvé
des cours de percu payés, il n'y va pas, mais dans la rue ou au café
il prend le temps de montrer un truc aux uns ou aux autres, et Zé, Rita,
moi pareil et tous les musiciens, Rita joue avec les Femmouzes, avec
les footeuses et là où elle s'éclate le plus c'est dans la rue, elle
est toujours là dans le quartier à jouer avec l'un ou l'autre, vraiment
l'esprit, mais il faut formaliser des trucs, pour que ça prenne, que
ça reste, un répertoire qui peut convenir à tous, le forròc, mais aussi
des trallas, des farandoles, des polkas, des valses, des emboladas à
la Fabulous, tout un folklore quoi…
Alors c'est qui les Bombes ?
Les premières c'étaient deux copines, Aurélie et Lize, 22 ans à peu
près, qui chantent. Aurélie fait un peu de violon, Lize des percus,
après il y a ma nièce Camille, 18 ans, qui chante et jongle, et puis
Magali au violon, la toute dernière Martine à l'accordéon, et puis Darcy,
le fils d'Eraldo Gomez célèbre percu brésilien de Toulouse, à la guitare
et aux percussions il y a 17 ans et elles ont fait déjà plein de trucs
-elles n'existent que depuis octobre- même des animations scolaires
à l'école de Larrazet chez Jean-Louis Coureau. Il paraît que ça a très
bien marché. Et elles vont faire un truc chez toi à Planète Montauban
en mai.
Des projets ?
Il y a le morceau des Footeuses, Chat Perché, sur une compil de France
Télévision qui sort en avril. Elles seront à coté de Moos, Zebda, Fabulous,
K.D.D. etc. Et projet d'album. Mais ce n'est pas notre souci. Faudra
faire un Cd autoproduit pour les Bombes, on verra…
Elles ont des chansons en occitan ?
Oui, 3 ou 4, plus bientôt.
Un groupe né dans ces conditions, n'est-ce
pas fragile ?
Peut-être, je ne sais pas mais il y a deux choses. D'abord, s'il n'y
a pas de volontarisme, de notre part, il n'y aurait rien. Pour moi ce
volontarisme, c'est du militantisme, pour la musique, l'occitanisme,
le folklore. Il y a toujours les mêmes ânes qui diront que c'est des
créatures à Sicre, mais c'est du travail utile ; eux ne proposent rien,
et puis je vais te dire que moi je m'en fous des groupes. Ce n'est pas
les groupes qui m'intéressent, c'est le folklore, un répertoire d'un
certain genre que des gens peuvent jouer ensemble. Les groupes ça va
te ça vient, le genre lui il faut l'implanter pour qu'il reste, pour
tous. Si les Footeuses se séparent et les Bombes aussi et se rencontrent
avec des d'autres pour former 3 ou 4 groupes de plus, tant mieux, je
me fous des groupes, c'est juste une étape…
Il y a quand même un problème, là, c'est le
manque de leader interne au groupe…
Bien vu, très bien vu, c'est un problème, mais bon… Comme je te dis
les groupes, le choc des personnalités, la psychologie, ça ne m'intéresse
pas, c'est le folklore, au-delà de ça. Les groupes c'est le truc show-biz,
disques, interviews, avec le côté message personnel. Je me fous des
messages personnels, c'est le genre qui est le message, la musique,
le style, et les paroles ça dit le style, ça doit tendre à l'impersonnel,
comme je fais ou plutôt comme j'essaie de faire. Moi je me fous des
paroles pour faire passer un style de musique, je n'ai rien à dire,
moi, les Bombes, les Footeuses c'est un peu l'équipe 1 et Réserve, elles
peuvent toutes interchanger ou presque, les paroles sont valables pour
les deux. On s'en fout des trucs psychologiques, le folklore ça n'a
rien à voir avec ça. Là, je viens de faire une chanson en occitan, c'est
une liste de noms des groupes qui ont chanté ou chantent en occitan,
juste une liste, énumérée. Voilà, il n'y a pas de psychologie là-dedans,
et tout le monde peut écrire. Ca, c'est ce que je veux montrer… Il y
a des gens qui croient que la musique populaire c'est de l'art, et la
chanson de la poésie. Ca n'a rien à voir, j'aime la poésie, la vrai,
ce n'est pas Ferré ou Ferrat ou McSolaar. J'aime la chanson folklorique.
Entre les deux, je n'aime pas, la chanson française qui se prend pour
de la poésie. Ca ne va pas sauf exception.
Vous travaillez avec d'autres groupes qui
font du folklore à Toulouse comme Brancaleone par exemple ?
Parfois, eux c'est très bon ce qu'ils font, ça dégage vraiment, et
maintenant avec les chanteuses, c'est fabuleux… Le truc c'est que c'est
du folklore italien, elles chantent en italien, donc il y a moins d'occasion
de rencontrer les gens sur des thèmes, de l'impro chantée, des refrains
à reprendre, c'est là qu'on voit où est l'importance des paroles, elle
n'est que là… Mais leur groupe, c'est vraiment excellent, un régal…
T'es content donc ?
Ouais, et puis on verra, on travaille, on y croit, on verra bien, on
s'en fout des réussites, si ça ne marche pas on réajustera le tir mais
il y a là un village au cœur de la ville, traversée par la ville, sans
aucun des inconvénients d'un village donc, mais sans ses avantages non
plus, où quelque chose d'unique se construit. Les gens lisent Castan,
se mettent à l'occitan en chantant, bossent des instruments, donnent
leur avis sur la politique de la ville, apprennent à organiser des fêtes,
se font un peu de fric avec la musique, discutent et se disputent, prennent
du recul sur les modes musicales et par suite sur les modes en général.
Ca c'est l'important : on n'est pas plus intelligents qu'ailleurs, ni
moins cons, mais on n'est pas isolés, dans nos conneries, on les partage
à fond…
Et le oaï là-dedans ?
Bombes de Oaï, Fouteuses de Mouz T., ça c'est Speedos qui l'a sorti,
Femouzes de Bal, on n'y comprend plus rien… C'est vraiment le ouaï…