Max
Rouquette est né le 8 décembre 1908 à Argeliers, entre Montpellier et
le causse du Larzac. Médecin, il a passé jusqu'à aujourd'hui l'essentiel
de son existence dans ce paysage de garrigues et de vignes, d'abord
médecin de campagne, puis médecin à Montpellier, où il demeure actuellement.
Ses premiers textes littéraires, proses ou poèmes, ont été publiés
entre 1927 et 1930, dans une petite revue montpelliéraine, "La Campana
de Magalouna" (La clocha de Maguelone), que dirigeait le poète et dramaturge
Francis Dezeuze ("L'Escoutaire", celui qui écoute), qui devait être
un de ses maîtres au théâtre. Mais c'est la parution, en 1934, dans
la revue "Oc", de "secret de l'èrba" (le Secret de l'herbe), texte largement
autobiographique, qui le révéla, en occitan, à ses premiers lecteurs
comme un écrivain d'exception. Quelques années plus tard, les poèmes
des Songes ("Sòmis dau matin", Songes du matin, 1937 ; "Sòmis de la
nuòch", Songes de la nuit, 1942) vinrent confirmer la pureté et la radicale
nouveauté de cette voix.
L'œuvre de Max Rouquette s'est depuis élaborée dans le silence et la
discrétion : cinq volumes de proses de "Verd Paradís" en occitan (1962,
1974, 1986, 1987 et 1990 dans la collection "A tots" de l'Institut d'Etudes
Occitanes), quatre livres de poèmes publiés en édition bilingues ("La
Pietat dau Matin/La Piété du Matin", IEO, 1963 ; "Lo Maucòr de l'Unicòrn/Le
Tourment de la Licorne", Sud, 1998 ; "D'aicí mil ans de lutz/A mille
années lumières", Jorn, 1995). Dans l'intervalle, l'œuvre théâtrale
a commencé de prendre son essor : après une pièce aujourd'hui désavouée
et détruite par son auteur ("Cogolin o la rason d'estat/Cogolin ou la
raison d'Etat, 1940), Max Rouquette se fait connaître comme auteur dramatique
avec "Lo Mètge de Cucunhan"(Le Médecin de Cucunhan), publié en occitan
en 1957 et en version française dans la revue théâtrale "L'Avant-Scène".
Souvent jouée, par des troupes d'amateurs ou à la radio, cette brève
comédie dont le sujet avait été emprunté au conteur et polémiste provençal
Joseph Roumanilhe (1818-1891) scelle la reconnaissance publique mais
encore limitée d'un écrivain de théâtre fécond et inventif. La version
française de "La pastorale des voleurs" obtient en 1958 le prix du Casino
d'Enghien, d'autres pièces sont traduites en français ("La Comédie du
miroir", version française du "Miralhet", paraît également dans "l'Avant-Scène")
ou en d'autres langues pour être jouées, toujours par des troupes d'amateurs
ou dans le cadre du théâtre radiophonique, un peu partout en Europe
et en Afrique notamment.
Mais c'est pour l'essentiel à partir du début des années 80 que l'œuvre
littéraire de Max Rouquette a pu toucher un plus large public. Avec,
bien sûr, la traduction en français des deux premiers volumes de "Vert
Paradís" (Paris, Le Chemin Vert, 1980 ; réédition aux Editions de Paris,
avec une présentation de Jean carrière, 1995), et tout récemment, avec
celle des troisième et quatrième volumes (sous le titre "Le Grand Théâtre
de Dieu, Les Editions de Paris, 1996). Avec également la version bilingue
du "Hautbois de neige", l'un des récits parmi les plus fascinants de
"Vert Paradís"(premier volume), publiée chez Gallimard en 1981. Mais
aussi avec la publication de versions allemande (par F.P. Kirsch, 1983
; 1996), anglo-américaine (par W. Mac Gregor, 1996), néerlandaise (par
T.E. Ubbick Stouthamer, 1996), etc., de telle ou telle partie des cinq
volumes aujourd'hui édités en occitan.
Pendant la première période, poésie et théâtre ont également bénéficié
d'un surcroît de reconnaissance. Certaines poésies du "Maucòr de l'Unicòrn"
ont été mises en musique par Alphonse Stallaert (avec Gérard Zuchetto
à la voix, CD Gallo-Lausane Musique, 1992), tandis que la danseuse et
chorégraphe Ingeborg Liptay composait un spectacle autour d'autres textes
poétiques de Max Rouquette (1993 ; reprise en 1996 au festival d'Avignon).
A Avignon toujours, puis sur les ondes de France-Culture, Nada Strancar,
qui avait déjà remarqué une œuvre théâtrale forte de Max Rouquette (sa
"Medelha/Médée, 1989 et 1992 pour la version française), lisait en 1995
plusieurs proses de "Vert Paradís", dont la très impressionnante "Mort
de Costasolana.
Ces dernières années, Max Rouqette a beaucoup écrit et publiés, sans
jamais déroger à la rigueur exceptionnelle qui caractérise depuis longtemps
son œuvre d'écriture. En français, il a su accompagner le travail de
photographes attachés à la découverte en profondeur du pays réel et
imaginaire de "Vert Paradís" ("La Cloche d'or, Initiative 42, 1993,
avec Harold Chapman et Claire Parry dans les deux cas). En bilingue,
ont été données à lire quelques-unes des proses intitulées "Désert",
qui prendront bientôt place dans le sixième tome de "Vert Paradís"(Auch,
L'Arrière-Pays, 1995). Les éditions "du Trabucaire" (Perpignan), enfin,
achèvent tout juste la publication en occitan d'un long récit, méditatif
et envoûtant, "La Cèrca de Pendariès"(La Quête de Pendariès), journal
de bord des temps de la peste et livre de raison aux frontières de la
déraison d'un médecin montpelliérain du XVIéme siècle. Ajoutons enfin
que si radios et télévisions s'intéressent de plus en plus à la personne
et à l'œuvre de Max Rouquette, il est possible; depuis peu d'entendre,
dans ses mots et dans le grain de sa voix, la parole originale du poète
grâce à un Cd où celui-ci lit un choix significatif de ses textes (Max
Rouquette, "Trésors d'Occitanie").